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10
fév

Comment gérer les critiques en 4 étapes



Si vous vous lancez dans un quelconque projet ayant un minimum d’envergure, vous ferez face à des critiques. Et parfois beaucoup. Que vous créiez une entreprise, une association, un livre, une méthode, un blog, une invention, que vous définissiez un objectif ambitieux comme devenir riche, être champion du monde dans un sport, faire un tour du monde en voiture (et bateau ! ;) ), gagner une médaille olympique, devenir chef d’entreprise ou acteur professionnel, vous courez le risque de vous mettre sous le feu de critiques, souvent nombreuses, souvent blessantes, et rarement réfléchies et constructives. Et cela arrivera d’autant plus que ce que vous faites s’écarte des normes de ceux qui sont susceptibles de vous critiquer.

La gestion des critiques : mon histoire

Lorsque j’ai décidé d’arrêter l’école à 18 ans pour créer mon entreprise, j’ai dû faire face à de nombreuses critiques. J’aimai dire à l’époque que “mes parents ne rentraient pas dans l’équation”, mais ils ont tout de même eu l’ouverture d’esprit de me laisser faire cette expérience, et je crois que je n’ai pas été trop mauvais pour les convaincre du bien-fondé de mon projet, donc ils n’ont pas été la principale source de critiques que j’ai dû gérer.

Les critiques venaient principalement de trois sources :

  • Mes amis et camarades
  • La famille dans sa globalité
  • Les personnes que je rencontrai et à qui je parlai de mon projet

Les deux premières catégories sont importantes psychologiquement – enfin, peut-être moins lorsque l’on a 18 ans et que l’on est en pleine période de rébellion adolescente – mais la troisième a été déterminante pour moi : dans cette catégorie se trouvait toute personne importante susceptible de m’aider, de m’apprendre les nombreuses choses que je ne savais pas, et de financer mon projet.

Mettez-vous à la place de n’importe quel adulte raisonnable : vous voyez arriver un gringalet boutonneux de 18 ans, qui vous dit qu’il en a marre de l’école et qu’il veut créer son entreprise dans l’informatique, alors qu’il n’a aucun diplôme, aucune expérience, aucun réseau relationnel, et aucun client. Votre ressenti pourrait être un mélange d’admiration pour son courage et de rire sur ses chances d’y arriver et de développer une entreprise qui dure, et votre cœur pourrait balancer davantage d’un coté que de l’autre, mais une chose est sûre : vous ne le prendriez pas autant au sérieux qu’un homme mûr de 35 ans qui a 10 d’expérience, un réseau relationnel développé et une clientèle qui n’attend que la création de son entreprise pour faire appel à lui. Et, quelque part, vous auriez raison. Et vous pourriez trouver totalement fondé les critiques que vous lui feriez, notamment sur la viabilité même de son projet.

Cependant, si vous êtes ce jeune homme de 18 ans qui a tout lâché pour ce rêve et pour qui il représente son seul espoir – tel qu’il le perçoit – d’une vie meilleure, il y a fort à parier que vous ne serez pas très ouvert vis-à-vis des personnes qui critiquent le bien-fondé même de votre projet. Et, quelque part, vous auriez raison.

Car se lancer à corps perdu dans un projet, en franchissant la première étape de la transformation d’un rêve en réalité, ne peut se faire que si vous croyez à fond à votre projet. Vous avez une part d’incertitude (Et si ça ne marche pas ? Et si il n’y a pas autant de clients que prévu ? Et si le banquier ne veut pas me faire le prêt ?), mais au fond de vous vous êtes persuadé de la viabilité de votre projet et de votre capacité à le mener à terme (quoi qu’il en soit, je vais tenter, et je ferai tout pour réussir). Cette croyance est à la fois votre principale force (c’est elle qui vous motive et vous donne la force de dépasser toutes ces contraintes) et votre principale faiblesse potentielle : à trop croire à un projet comme solution pour réaliser un désir pour le moment frustré, vous pouvez vous enfermer dans votre tour d’ivoire et refuser de voir les défauts les plus évidents de votre projet.

C’est pourquoi il est d’une importance capitale de distinguer les critiques constructives de celles qui ne le sont pas, les critiques qui nous apportent quelque chose de celles qui nous descendent sans aucun autre but. J’ai vite appris à le faire, empiriquement, et j’ai eu l’occasion d’affiner un peu les critères qui permettent de déterminer s’il faut attacher de l’importance à une critique.

Comment distinguer les bonnes critiques des autres en 4 étapes

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Tags: analyser ,comprendre ,constructives ,critiques ,émotions ,réfléchir ,répondre ,viables
  

09
avr

Éloge de la masturbation intellectuelle



Parmi mes collègues chefs d’entreprise et les personnes du monde de business que je fréquente, il y en gros trois grands groupes : ceux qui sont enthousiasmés par mon projet et me suivent régulièrement, ceux qui sont plutôt neutres et vaguement curieux et qui suivent cela de loin, et ceux qui pensent que ce temps passé à lire des livres est du temps perdu qui ne sert à rien, et que je ferai mieux de faire autre chose. Parmi ceux-là, certains disent même que ce projet est de la masturbation intellectuelle. Cet article leur est dédié :) .

Pour faire court, la masturbation intellectuelle peut être définie comme le fait de réfléchir sur des choses sans importance qui ne mènent nulle part. OK, dans ce cas, comment déterminons-nous, quand nous commençons à réfléchir, que cela ne va nous mener nulle part ? Est-ce qu’on l’évite à priori en se concentrant sur les objets concrets de notre quotidien, sur des questions pour lesquelles une réponse rapide nous amènera des bénéfices immédiats ? Cela éviterai d’utiliser notre temps de cerveau sur des problèmes abstraits qui ne se poseront jamais dans la réalité. Mais dans ce cas, n’est-ce pas justement un danger de masturbation intellectuelle que de rester le nez dans le guidon, sans prendre du recul, sans aller à un niveau d’abstraction supérieur qui nous permettrait de voir les choses d’un autre point de vue et de mettre en lumière certaines insuffisances qui sont invisibles si l’on reste sur le plancher des vaches ?

N’est-ce pas également de la masturbation intellectuelle que de laisser tourner son cerveau à vide sur tous les problèmes qui nous environnent, pour éteindre sans cesse les incendies, résoudre les problèmes, courir à droite et à gauche sans prendre le temps de s’arrêter pour regarder de temps en temps le plan d’ensemble en soufflant et en se demandant : ai-je pris la bonne voie ?

Il me semble que certaines personnes aiment évoquer la masturbation intellectuelle parce qu’elles n’ont pas suffisamment confiance en elles-même pour commencer à réfléchir sur des sujets qui pourraient remettre en cause leur manière de voir les choses et leur vie. Elles ressentent au fond d’elles même une peur de voir leur égo attaqué et certaines de leurs convictions ébranlées, alors même que nous formons la majorité de nos convictions avec une insouciante légèreté, sans y avoir beaucoup pensé, et que pourtant ces convictions déterminent les possibilités que nous entrevoyons – notre horizon – et les choix que nous faisons.

Nous pouvons consacrer notre vie à des choses absolument inutiles et sans aucun rapport avec la réalité, en étant persuadé du contraire et fier de notre contribution au monde. Si je suis un prêtre Aztèque et que je suis persuadé qu’il faut sacrifier des humains pour que le Soleil nous accorde sa lumière et sa chaleur, j’apprendrai tout un tas de rituels compliqués et pourrait consacrer ma vie à servir le Dieu Soleil Huitzilopochtli en suivant ces rituels. Je serai devenu un expert du Dieu Soleil, et saurai interpréter les signes négatifs qu’Il nous envoient, et déterminer le nombre de jeunes vierges et guerriers à sacrifier pour que les récoltes soient bonnes. Je pourrai consacrer ma vie à quelque chose d’utile, recevoir la reconnaissance de mes pairs, et mourir en paix, satisfait du travail accompli.

Pourtant, de notre point de vue à nous, la vie de ce prêtre Aztèque a t-elle été utile ? S’est-il consacré à la vérité ou à une chimère ?

Ainsi, il est possible et facile de s’enfermer dans une tour d’ivoire, dans une conception du monde en grande partie fausse et que nous estimons en grande partie vraie. Alors certes, si nous étions né dans l’empire Aztèque du XVème siècle, nous aurions sans doute eu beaucoup de mal à penser autrement. Ne s’improvise pas génie – un homme capable de briser les barrières d’une conception erronée du monde – qui veut. Mais, même si notre connaissance de la réalité est encore très imparfaite, de nombreux génies ont déjà tracé la route pour nous, et nous avons la chance de vivre dans un siècle et dans une société où la majorité d’entre nous savons lire et écrire et où le savoir, l’information et la culture sont disponibles facilement et pour un coût absolument dérisoire. Cela fait peut-être un siècle qu’en France la majorité des personnes n’est plus analphabète, et à peine 10 ans que la révolution de l’information permise par Internet et les ordinateurs ont mis à la portée de tous le savoir de l’humanité, et les livres n’ont jamais été aussi facilement trouvables et abordables grâce à Amazon et aux autres librairies en ligne qui nous permettent de trouver l’immense majorité des ouvrages de toutes les langues en quelques clics et de les acheter neufs ou d’occasion. Des centaines de cours de très haut niveau dans tous les sujets possibles sont également disponibles gratuitement, par exemple sur le site du Collège de France, Canal U,  l’OpenCourseWare ou iTunes University. Toutes ces ressources permettent d’entrer en contact avec des connaissances qui nous permettent de réfléchir et de remettre en cause notre vision du monde à tous les niveaux. Et certains livres et cours nous donnent même un savoir concret que nous pouvons utiliser pour être plus efficace et augmenter la valeur de notre contribution au monde ;) .

Il me semble donc clair que ce serait un crime de s’enfermer dans le ronron du train-train quotidien sans chercher à s’instruire et à se cultiver, sans chercher à apprendre et à mieux comprendre le monde qui nous entoure, même si cela n’apporte aucun bénéfice concret immédiat pour notre vie quotidienne. Peut-être que dans deux milles ans, les hommes du futur – ou les robots intelligents qui nous auront remplacés ;) – nous considérerons comme nous considérons les Grecs antiques aujourd’hui : comme ayant des éclairs de génie par moment, mais dans l’ensemble comme ne comprenant pas grand chose à la réalité du monde.  Mais dans la Grèce antique, il y avait des hommes curieux qui cherchaient à comprendre, à savoir, et qui se trompaient beaucoup en essayant de se rapprocher de la vérité, mais qui utilisaient leur esprit pour tenter de percer les mystères des rouages cachés qui nous entourent, dans une démarche qui me semble tout à la fois belle, tragique, et pleine de cette humanité qui définit l’homme. Pourtant encore aujourd’hui, beaucoup – trop – de personnes croient en l’astrologie, la numérologie, la voyance, la graphologie, la magie vaudoue et tout un tas d’autres chimères que pourtant souvent un simple zeste de culture scientifique suffirait à considérer d’un oeil critique, et donc à déconsidérer.

Après on peut être parfaitement heureux sans se poser de questions et sans chercher à atteindre une certaine forme de vérité. La recherche de cette vérité peut même être la source d’une forme de malheur. Dans Matrix, auriez-vous pris la pilule rouge ou la pilule bleue ?

Dans Matrix, aurais-tu pris la pilule rouge ou la pilule bleue ?

Bref je pense qu’il est souvent très utile de délaisser un peu le quotidien pour réfléchir à un niveau d’abstractions plus élevé que d’ordinaire. La frontière entre la réflexion utile et inutile, entre l’approfondissement et la masturbation intellectuelle est parfois mince et difficile à délimiter, mais s’abstenir de réfléchir pour éviter de se masturber intellectuellement, c’est comme de ne pas oser aborder une femme pour éviter de se prendre un râteau. Ceux qui réussissent le plus sont ceux qui ont échoués le plus grand nombre de fois.

De plus, je pense que même de la masturbation intellectuelle pure et dure peut faire du bien parfois, à dose modérée et à condition de sortir de chez soi. C’est mieux que de regarder le Bigdil ou de faire des mots croisés :) .

Et je finirai sur ces quelques mots de Voltaire, Histoire d’un bon Brahmin, écrits en 1761 et parlant merveilleusement bien du dilemme de la pilule rouge et de la pilule bleue :

Je rencontrai dans mes voyages un vieux bramin, homme fort sage, plein d’esprit et très savant; de plus il était riche, et partant il en était plus sage encore : car, ne manquant de rien, il n’avait besoin de tromper personne. Sa famille était très bien gouvernée par trois belles femmes qui s’étudiaient à lui plaire; et, quand il ne s’amusait pas avec ses femmes, il s’occupait à philosopher.

Près de sa maison, qui était belle, ornée et accompagnée de jardins charmants, demeurait une vieille Indienne, bigote, imbécile, et assez pauvre.

Le bramin me dit un jour: « Je voudrais n’être jamais né. » Je lui demandai pourquoi. Il me répondit: « J’étudie depuis quarante ans, ce sont quarante années de perdues; j’enseigne les autres, et j’ignore tout; cet état porte dans mon âme tant d’humiliation et de dégoût que la vie m’est insupportable. Je suis né, je vis dans le temps, et je ne sais pas ce que c’est que le temps; je me trouve dans un point entre deux éternités, comme disent nos sages, et je n’ai nulle idée de l’éternité. Je suis composé de matière; je pense, je n’ai jamais pu m’instruire de ce qui produit la pensée; j’ignore si mon entendement est en moi une simple faculté, comme celle de marcher, de digérer, et si je pense avec ma tête comme je prends avec mes mains. Non seulement le principe de ma pensée m’est inconnu, mais le principe de mes mouvements m’est également caché : je ne sais pourquoi j’existe. Cependant on me fait chaque jour des questions sur tous ces points; il faut répondre; je n’ai rien de bon à dire; je parle beaucoup, et je demeure confus et honteux de moi-même après avoir parlé.

« C’est bien pis quand on me demande si Brama a été produit par Vitsnou, ou s’ils sont tous deux éternels. Dieu m’est témoin que je n’en sais pas un mot, et il y paraît bien à mes réponses. « Ah! mon révérend père, me dit-on, apprenez-nous comment le mal inonde toute la terre. » Je suis aussi en peine que ceux qui me font cette question : Je leur dis quelquefois que tout est le mieux du monde; mais ceux qui ont été ruinés et mutilés à la guerre n’en croient rien, ni moi non plus : je me retire chez moi accablé de ma curiosité et de mon ignorance. Je lis nos anciens livres, et ils redoublent mes ténèbres. Je parle à mes compagnons : les uns me répondent qu’il faut jouir de la vie et se moquer des hommes; les autres croient savoir quelque chose, et se perdent dans des idées extravagantes; tout augmente le sentiment douloureux que j’éprouve. Je suis prêt quelquefois de tomber dans le désespoir, quand je songe qu’après toutes mes recherches je ne sais ni d’où je viens, ni ce que je suis, ni où j’irai, ni ce que je deviendrai. »

L’état de ce bon homme me fit une vraie peine: personne n’était ni plus raisonnable ni de meilleure foi que lui. Je conçus que plus il avait de lumières dans son entendement et de sensibilité dans son cœur, plus il était malheureux.

Je vis le même jour la vieille femme qui demeurait dans son voisinage : je lui demandai si elle avait jamais été affligée de ne savoir pas comment son âme était faite. Elle ne comprit seulement pas ma question : elle n’avait jamais réfléchi un seul moment de sa vie sur un seul des points qui tourmentaient le bramin; elle croyait aux métamorphoses de Vitsnou de tout son cœur, et, pourvu qu’elle pût avoir quelquefois de l’eau du Gange pour se laver, elle se croyait la plus heureuse des femmes.

Frappé du bonheur de cette pauvre créature, je revins à mon philosophe, et je lui dis: « N’êtes-vous pas honteux d’être malheureux dans le temps qu’à votre porte il y a un vieil automate qui ne pense à rien, et qui vit content? – Vous avez raison, me répondit-il; je me suis dit cent fois que je serais heureux si j’étais aussi sot que ma voisine, et cependant je ne voudrais pas d’un tel bonheur. »

Cette réponse de mon bramin me fit une plus grande impression que tout le reste; je m’examinai moi-même, et je vis qu’en effet je n’aurais pas voulu être heureux à condition d’être imbécile.

Je proposai la chose à des philosophes, et ils furent de mon avis. « Il y a pourtant, disais-je, une furieuse contradiction dans cette façon de penser. » car enfin de quoi s’agit-il? D’être heureux. Qu’importe d’avoir de l’esprit ou d’être sot? Il y a bien plus : ceux qui sont contents de leur être sont bien sûrs d’être contents; ceux qui raisonnent ne sont pas si sûrs de bien raisonner. Il est donc clair, disais-je, qu’il faudrait choisir de n’avoir pas le sens commun, pour peu que ce sens commun contribue à notre mal-être. » Tout le monde fut de mon avis, et cependant je ne trouvai personne qui voulût accepter le marché de devenir imbécile pour devenir content. De là je conclus que, si nous faisons cas du bonheur, nous faisons encore plus de cas de la raison.

Mais, après y avoir réfléchi, il paraît que de préférer la raison à la félicité, c’est être très insensé. Comment donc cette contradiction peut-elle s’expliquer? Comme toutes les autres. Il y a là de quoi parler beaucoup.

Alors, dans Matrix, qu’auriez-vous pris ? La pilule rouge, celle de la réalité pure avec toute la douleur qu’elle peut engendrer, ou la pilule bleue, le bonheur au prix de l’aveuglement ? Faites-le nous savoir dans les commentaires ;) .

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